Le courant est revenu depuis vingt minutes. Les lumières fonctionnent, la machine à café aussi, les ordinateurs ont redémarré. Et pourtant rien ne marche : le logiciel de gestion ne s'ouvre pas, les dossiers partagés sont introuvables, l'imprimante n'imprime plus, et deux personnes n'ont plus internet alors que leurs collègues l'ont.
C'est une situation que nous traitons plusieurs fois par an, surtout après les orages d'été et les coupures de fin d'automne. Elle a une particularité rassurante : dans l'immense majorité des cas, rien n'est cassé. Le matériel va bien. Ce qui manque, c'est un ordre de redémarrage, et la patience de le respecter.
Voici ce qu'il faut faire, dans quel ordre, et surtout ce qu'il ne faut pas faire pendant les vingt premières minutes.
Pourquoi une coupure désorganise plus qu'elle ne casse
Votre informatique n'est pas un ensemble d'appareils indépendants : c'est une chaîne où chaque maillon a besoin du précédent pour démarrer correctement. Cette dépendance est invisible tant que tout fonctionne, et parfaitement visible après une coupure.
Quand le courant revient, tous les équipements redémarrent en même temps, et chacun à sa propre vitesse. Une box internet met parfois plusieurs minutes à rétablir la liaison. Un commutateur démarre en quelques secondes. Un serveur peut prendre cinq à dix minutes, davantage s'il vérifie ses disques. Les postes de travail, eux, sont prêts en une minute.
Résultat : les postes cherchent le serveur avant qu'il n'existe, réclament une adresse réseau à une box qui n'est pas prête, et concluent à une absence de réseau. Ils ne réessaieront pas tout seuls. Ce n'est pas une panne, c'est un problème de séquence, et il se corrige en redémarrant dans le bon ordre.
L'ordre de redémarrage, et pourquoi il compte
Voici la séquence, en attendant réellement que chaque étape soit terminée avant de passer à la suivante. C'est l'attente qui pose problème à tout le monde, parce qu'elle donne l'impression de ne rien faire.
1. La box ou le routeur internet. Attendez que ses voyants soient stables et que la liaison soit établie. Comptez plusieurs minutes. Tant que cet équipement n'est pas prêt, rien de ce qui suit ne fonctionnera correctement.
2. Les commutateurs réseau. Ces boîtiers auxquels tous les câbles arrivent. Quelques secondes suffisent, mais s'ils ont redémarré avant la box, refaites-les après elle.
3. Le serveur, ou le NAS. Laissez-le démarrer complètement, sans impatience. S'il vérifie ses disques après un arrêt brutal, cette opération peut durer longtemps et ne doit surtout pas être interrompue.
4. Les imprimantes et équipements réseau. Elles reprennent souvent une adresse différente et doivent se réannoncer.
5. Les postes de travail, en dernier. Et seulement une fois que tout le reste fonctionne. Un poste démarré à ce moment trouvera tout ce qu'il cherche du premier coup.
Cette séquence explique pourquoi tant d'entreprises restent bloquées après une coupure : elles ont redémarré les postes en premier, souvent trois fois, alors que la box n'était pas encore prête.
Ce qu'il ne faut pas faire dans les vingt premières minutes
Ne coupez pas l'alimentation du serveur en boucle. Si un serveur semble long à démarrer après une coupure, c'est très souvent qu'il vérifie l'intégrité de ses disques. Cette vérification protège vos données. L'interrompre par une coupure supplémentaire est le meilleur moyen de transformer un redémarrage lent en perte de fichiers.
Ne rebranchez pas tout en même temps. Au retour du courant, tous les appareils appellent une forte intensité simultanément. Sur une installation ancienne, cela suffit parfois à faire sauter à nouveau le disjoncteur, et à ajouter une deuxième coupure brutale à la première.
Ne changez rien à la configuration. La tentation est grande de « corriger » les réglages réseau d'un poste qui n'a plus internet. Dans neuf cas sur dix, la configuration était bonne et le seul problème était l'ordre de démarrage. Un réglage modifié dans l'urgence est une panne supplémentaire pour la semaine suivante.
Le tableau des symptômes après une coupure
| Ce que vous observez | Cause la plus probable | Que faire |
|---|---|---|
| Certains postes n'ont pas de réseau, d'autres si | Postes démarrés avant la box, adresse non obtenue | Redémarrer ces postes une fois la box stable |
| Le logiciel de gestion ne s'ouvre pas, le reste va bien | Service ou base de données non redémarré sur le serveur | Appeler : cela se relance à distance en quelques minutes |
| Le serveur met très longtemps à démarrer | Vérification des disques après arrêt brutal | Attendre, ne surtout pas recouper l'alimentation |
| L'imprimante réseau est introuvable | Adresse changée au redémarrage | La redémarrer après la box, faire fixer son adresse ensuite |
| Le serveur ne démarre pas du tout | Alimentation, onduleur ou dommage électrique | Vérifier l'onduleur, puis appeler sans insister |
| Tout fonctionne, mais l'heure est fausse partout | Horloges désynchronisées après la coupure | Signaler : cela dérègle les sauvegardes planifiées |
Ce qui ne redémarre jamais tout seul
Même quand tout le matériel repart correctement, certaines choses restent en rade et personne ne pense à les vérifier. Ce sont elles qui produisent les problèmes découverts trois jours plus tard.
Les tâches planifiées, à commencer par la sauvegarde. Si l'horloge du serveur a été décalée par la coupure, ou si le service qui déclenche les tâches n'a pas redémarré, votre sauvegarde ne tourne plus. Sans alerte, personne ne le saura avant d'en avoir besoin. C'est de loin la conséquence la plus grave d'une coupure de courant, et la plus silencieuse.
Les liaisons permanentes vers l'extérieur : accès distants pour le télétravail, connexion vers un site secondaire, remontée d'alertes techniques. Elles se rétablissent souvent seules, parfois non, et leur absence ne se voit pas depuis le bureau.
Les services applicatifs du logiciel de gestion. La machine est allumée, le partage répond, mais la base de données ne s'est pas relancée parce qu'elle attendait un composant qui n'était pas prêt. C'est l'incident le plus fréquent après une coupure, et il se règle en général à distance en quelques minutes.
Le bon réflexe, une fois tout redémarré, est donc de vérifier trois choses : que la sauvegarde de la nuit suivante s'est bien exécutée, que l'heure est juste partout, et que les accès distants fonctionnent. Dix minutes le lendemain matin.
Micro-coupures et matériel qui vieillit
Toutes les coupures ne durent pas une heure. Les plus insidieuses durent une fraction de seconde, ne font même pas clignoter les lumières, et pourtant redémarrent les équipements sensibles.
Si vos utilisateurs signalent des redémarrages inexpliqués, des pertes de réseau brèves ou des postes qui s'éteignent sans raison, notamment par temps d'orage ou aux heures de forte consommation, la piste électrique mérite d'être explorée avant la piste informatique. Une installation ancienne, un tableau saturé, ou un gros appareil qui démarre sur le même circuit suffisent à créer ces perturbations.
Ces micro-coupures ont un effet cumulatif que l'on sous-estime : chaque arrêt brutal use les disques et fragilise les systèmes de fichiers. Un serveur qui a subi trente coupures sales en deux ans n'a pas la même espérance de vie qu'un serveur arrêté proprement. C'est souvent l'explication d'une panne qui semble arriver sans raison.
Un onduleur bien dimensionné absorbe ces micro-coupures sans que personne ne s'en aperçoive, ce qui est d'ailleurs son intérêt principal au quotidien, bien avant les grandes coupures spectaculaires.
L'onduleur : celui qu'on achète et qu'on ne teste jamais
Un onduleur est ce boîtier qui prend le relais pendant quelques minutes lors d'une coupure, le temps que les machines s'arrêtent proprement. C'est un excellent investissement, et c'est aussi l'équipement le plus mal suivi de toute l'informatique d'entreprise.
Sa batterie a une durée de vie limitée, de l'ordre de trois à cinq ans. Passé ce délai, l'appareil continue d'afficher des voyants verts rassurants et de ne rien protéger du tout : au moment de la coupure, il rend l'âme instantanément. Nous découvrons régulièrement des onduleurs de huit ans qui n'ont jamais été touchés depuis leur installation.
Pire, un onduleur défaillant peut devenir la cause de la panne : il coupe brutalement l'alimentation d'un serveur qui, sans lui, aurait continué à fonctionner. Cela s'est produit chez plusieurs de nos clients avant que nous ne reprenions leur informatique.
Deux vérifications suffisent, une fois par an. Regarder la date d'installation de la batterie, et faire un test de coupure contrôlée, un jour calme, pour vérifier que la bascule fonctionne et que le serveur s'arrête proprement. Ce test dure dix minutes et évite la mauvaise surprise du prochain orage.
Le cas de l'orage : quand le dommage est réel
Tout ce qui précède suppose une simple coupure. Un orage, lui, peut endommager physiquement du matériel par surtension, et les symptômes ne sont pas les mêmes.
Les signes qui doivent alerter : un équipement qui ne s'allume plus du tout, une odeur de brûlé, un port réseau mort alors que les autres fonctionnent, ou un appareil qui redémarre en boucle. La surtension entre souvent par la ligne téléphonique ou par le câble opérateur, pas seulement par la prise électrique, ce qui explique que la box soit fréquemment la première touchée.
Dans ce cas, cessez les tentatives de redémarrage. Notez précisément ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne plus, ainsi que l'heure de l'orage : ces informations sont utiles au diagnostic et à votre assureur. Photographiez les équipements concernés avant toute manipulation.
Une précision qui compte : un matériel touché par une surtension peut fonctionner encore quelques jours avant de céder. Si un équipement se comporte bizarrement après un orage, ne considérez pas l'affaire close parce qu'il a redémarré.
Ce que la coupure révèle de votre installation
Chaque coupure de courant est un test grandeur nature, gratuit et non sollicité, de la robustesse de votre informatique. Ce qu'elle met au jour est presque toujours instructif.
Elle révèle les dépendances que personne n'avait cartographiées : on découvre que la caisse, la facturation et le partage des devis reposaient tous sur la même machine, et qu'aucun de ces services ne repart sans elle.
Elle révèle les équipements sans protection : le serveur est sur onduleur, mais pas le commutateur qui le relie au reste, ni la box. Protéger la machine sans protéger le chemin qui y mène ne sert pas à grand-chose.
Elle révèle enfin les redémarrages automatiques absents : un serveur bien configuré redémarre seul au retour du courant, et relance ses services sans intervention. Beaucoup ne le font pas, simplement parce que personne n'a activé cette option à l'installation. C'est un réglage de deux minutes qui change tout.
Préparer la prochaine coupure en une heure
Il y aura une prochaine coupure : c'est la seule chose dont on puisse être certain. Une heure de préparation, prise un jour calme, transforme un blocage d'une demi-journée en une reprise de vingt minutes.
Écrivez la séquence de redémarrage propre à votre entreprise, avec les noms et les emplacements réels de vos équipements, et affichez-la dans le local technique. Une page. Elle servira à quelqu'un qui ne connaît rien à l'informatique, un matin où la personne habituelle est absente.
Faites activer le redémarrage automatique du serveur et des équipements qui le permettent, et le démarrage automatique des services associés. C'est le réglage qui offre le meilleur rapport entre effort et bénéfice.
Faites fixer les adresses des imprimantes et équipements réseau, pour qu'ils reprennent toujours la même après un redémarrage. Cela supprime définitivement une catégorie entière d'incidents.
Vérifiez l'âge de votre onduleur, et couvrez le chemin complet : serveur, commutateur, box. Le reste peut attendre le retour du courant.
Ces quatre points relèvent de la maintenance ordinaire, et c'est exactement ce que couvre un suivi régulier, comme nous l'expliquons dans notre guide de l'infogérance et de la maintenance. Une sauvegarde vérifiée reste par ailleurs la dernière protection en cas de dommage réel : voir votre sauvegarde n'a jamais été restaurée.
Que le retour du courant ne coûte plus une demi-journée
La plupart des entreprises que nous accompagnons ont vécu au moins une fois cette matinée perdue, à redémarrer des postes au hasard en attendant que quelque chose se passe. La différence, ensuite, ne tient pas à du matériel plus cher : elle tient à une séquence écrite, quelques réglages automatiques et un onduleur dont la batterie a moins de cinq ans.
Chez ELS Conseil, à Saint-Rémy-de-Provence, nous préparons et remettons en route les infrastructures des TPE et PME des Bouches-du-Rhône et du Vaucluse limitrophe, d'Arles à Salon-de-Provence, de Châteaurenard à Avignon. Nous qualifions votre situation par téléphone le jour même, nous relançons à distance ce qui peut l'être, et nous nous déplaçons sous 24 à 48 heures quand un équipement doit être remplacé. Si le courant vient de revenir et que rien ne repart, appelez-nous au 04 13 41 85 81, écrivez-nous depuis notre page Contact, ou consultez notre page dépannage réseau, serveur et logiciel.